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La fièvre cajun gagne Genève Sur disque comme en concert, Mama Rosin ne fait pas les choses à moitié. Avant d'enflammer les scènes brésiliennes, le trio prend le soleil devant sa ferme genevoise. Mama Rosin réussit le mariage entre rock et folklore sudiste. Jean-Philippe Bernard Le Matin Oublions les clichés, le lac, le jet d'eau et les coffres-forts: Genève est désormais une base avancée du Sud profond. La scène rock locale, qui a toujours su faire parler la poudre (se souvenir des Maniacs, Dead Brothers, Needles et autres Faster), distille actuellement une musique épicée qui sent l'embrouille avec le diable. Les albums récents d'artistes comme Hell's Kitchen ou Pierre Omer remettent au goût du jour rhythm'n'blues et folk teigneux comme un chat à trois pattes. Mais les plus dingues du lot sont sûrement les gars de Mama Rosin! Un disque torride En un peu plus d'une année, ce trio des bords du Léman a lancé dans les bacs trois disques à faire valser les culs-de-jatte comme les bien portants. Sa recette est simple en apparence: elle consiste à passer à la moulinette punk la musique cajun, le folk des Caraïbes, la soul de La Nouvelle-Orléans et le blues des plantations. Après les indispensables «Tu as perdu ton chemin» et «Brûle lentement», Mama Rosin publie ces jours-ci «Black Robert», un disque torride qui devrait permettre à un plus large public de goûter son cocktail sauvage. Furieusement secouées par une batterie «velvetienne», un mélodéon (petit accordéon bi-sonore et diatonique), un banjo, une planche à laver et une guitare, les mélodies improvisées ou extirpées les pieds devant d'un folklore ancestral proposent un voyage dans les contrées chaudes en dressant des ponts suspendus entre l'Afrique, l'Europe, le Sud profond et les Caraïbes. «Notre but, c'est effectivement de mélanger tout ça», confie Robin Girod, le guitariste, cofondateur du groupe avec l'accordéoniste Cyril Yeterian. Une réalité terrible Joint par téléphone alors que Mama Rosin enregistre déjà son prochain album dans une ferme perdue des Pyrénées en compagnie d'un nouveau batteur, Robin revient sur un parcours peu ordinaire: «Au départ, nous jouions dans des groupes de rock mais, un jour, on a croisé quatre Anglais qui balançaient un truc mi-celtique, mi-cajun avec violon, banjo et tout. On a compris à cet instant que la puissance ne passait pas forcément par l'électricité. On a commencé à collectionner des enregistrements originaux pour comprendre cette musique. Ensuite, on l'a jouée avec nos tripes...» Avec aussi suffisamment de naturel pour séduire des musiciens de Louisiane croisés sur la route. «On a sympathisé. Ils nous ont invités à vivre le Mardi gras chez eux. Imagine, la fête la plus importante de l'année...» Une plongée dans un autre monde, qui semble avoir marqué profondément Robin et ses complices: «Même si nous survivons humblement dans notre ferme près de Genève, loin du bordel actuel, on ne peut pas se comparer à eux. Leur réalité est terrible, alors ils se saoulent et balancent des bouteilles partout sans le moindre souci écolo. Ils tirent au flingue pour un oui ou pour un non...» Sans jouer les desperados louisianais de pacotille, Robin chante toutefois en cajun, «parce que j'aime l'économie de mots avec laquelle ces gens expriment les choses essentielles. Mais je ferai gaffe à ce que ça ne vire pas à la formule soûlante...» Ce mélange d'énergie et d'honnêteté commence à payer. Dans quelques jours, Mama Rosin s'envolera pour une tournée sud-américaine qui l'emmènera sur les scènes de grands festivals brésiliens. «On part dans l'inconnu, mais bon, au Brésil ou en Suisse romande, chaque concert est une bataille... C'est une certitude qui nous interdit de faire les choses à moitié.» «Black Robert / gutfeeling»
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